Debugging Life, traquez les bugs de la vie avec moi

[this is the french version of Debugging life (re)launched, bug track life with me]

L’année dernière j’ai travaillé au développement d’un jeu DVD, dans un petit studio multimédia d’une dizaine de personnes.

Un des outils les plus fascinant que nous utilisions était un bug tracker. Un système de bug tracking est un gestionnaire de projet orienté vers la résolution des problèmes, avec une emphase très forte sur l’ultra-communication au travers d’une interface basée sur le web et le e-mail. Chacun des problèmes du projet est censé être enregistré, commenté, réexaminé, corrigé et ensuite clos.

Cela mène à des échanges répétés et parfois sans fin de messages, de dénis entétés, de pseudo-retraites, c’est à dire le pain quotidien d’un projet standard avec un délai à tenir.

Tout en étant totalement fasciné par l’outil, j’ai découvert que beaucoup d’autres au sein de la société évitaient plus ou moins d’utiliser le bug tracker, ou même refusait clairement de l’utiliser.

Comme nous utilisions cet outil à la demande du client, certains d’entre eux le voyait comme un moyen de surveillance de leurs m�thodes de travail. D’autres comme rien de plus que du travail additionnel inutile.

Tracker pour le plaisir…

De mon côté, je l’ai beaucoup utilisé, ajoutant même des notes pour uniquement pour moi-même aux différents bugs relevés. J’ai même trouvé un certain plaisir à ciseler un rapport final précis et détaillé, au moment de fermer un bug. Et voir la liste des bugs non résolus devenir de plus en plus courte était un vrai soulagement : il y avait une sortie au bout de ce tunnel d’erreurs…

Mantis Bug Tracker

Je ne suis pas certain que l’outil de bug tracking ai produit un meilleur jeu final. Mais j’ai trouvé que le processus générait un ensemble incroyable d’information excédentaires. Échange permanente, argumentation sans fin, catégorisation et recatégorisation entrainent une quantité inattendue de texte. Mieux encore, ce texte est un instantané de la relation entre les personnes durant leur échanges. Mais dans une version totalement déformée, chacun des participants jouant un rôle quand il utilise le bug tracker, évitant soigneusement de mettre en avant certains de ses sentiments à propos des problèmes.

Voir grand ! avec debugginglife.com

En tant qu’artiste je voulais faire quelque chose avec cet outil : je savais qu’il produisait une tourbillon stupéfiant de textes, rapports, categories et liens autour de chaque problème. Plus encore, le processus en lui même était de l’idéologie de la communication pure, devenu réalité. Comme j’aime souvent le faire, j’ai choisi de jouer les naïfs : si nous utilisons un outil aussi sophistiqué pour des projets si triviaux, quel usage grandiose nous pourrions en faire � une échelle plus large. Tout le monde voudrait une vie meilleure. Nous avions donc � débugguer la vie.

C’est une sorte de blague, bien sur. Car nous savons que nous pouvons r�soudre tous les problèmes avec une pile de scripts PHP. La définition de ce qui est un dysfonctionnement de la vie en général n’est même pas possible : la mort est-elle un bug ? Le sommeil est-il un bug ? ou sont-ils des fonctionnalités ?

Mais c’est une blague sérieuse, qui pourrait nous apprendre ce que les gens considèrent comme un bug de la vie - leur vie - et ce qu’ils aimeraient voir résolu. Une base de donnée possible des petites et grandes peines, pas si éloignée des cahiers de doléances de la révolution française : debugging life.